ginza nexus state survivor

Juste après la fin du mini-live du groupe de rock indé For Tracy Hyde, je quitte le magasin Tower Records de Shibuya pour attraper la ligne de métro Ginza, direction le centre de Ginza. Dans mes petites notes, j’avais listé depuis plusieurs semaines une visite de l’exposition de la photographe Anju (安珠) se déroulant dans le Nexus Hall du bâtiment Chanel du 18 Janvier au 12 Février 2023. Anju était modèle haute couture dans une vie précédente, ce qui explique certainement qu’elle expose dans ce bâtiment Chanel. L’entrée du hall se trouve sur le côté du building et on la remarque à peine. Un portier est posté derrière la porte vitrée et devant les ascenseurs. Il nous fait un peu hésiter à entrer mais le visiteur est bien entendu le bienvenu. Il ne faut pas de réservation pour visiter cette galerie d’art.

L’intérieur de la galerie est volontairement sombre et les photographies d’Anju y sont éclairées individuellement. Un mot de Richard Collasse, dirigeant de Chanel Japon et japanophile confirmé, nous accueille et on se laisse ensuite entrainer dans le monde de fantaisie créé par Anju pour cette exposition intitulée A girl philosophy (ある少女の哲学). On reconnaît dans ces séries de photographies des personnages de contes, connus comme Alice au pays des merveilles ou le petit chaperon rouge, dans des versions réinterprétées par la photographe. L’exposition prend les rêves d’une jeune fille comme thème principal. C’est un fils conducteur qui lie les différentes séries de photographies. Un petit film montré dans un coin de l’exposition regroupe certaines des photographies en images fixes accompagnées de petites séquences filmées mettant en scène ces rêves. Haruomi Hosono signe la musique de ce petit film. Cette musique est abstraite mais vient inconsciemment s’imprégner dans mon cerveau au point où j’ai eu envie de l’enregistrer sur mon iPhone. J’ai beaucoup aimé les mises en scène des photographies qui nous font entrer dans un monde irréel. Les couleurs très marquées et les zones de noirceurs au contraste renforcé par les lumières donnent beaucoup d’impact à ces photographies. Anju était apparemment l’invitée d’un talk-show le Samedi 28 Janvier dans le restaurant plein de livres Megutama du photographe Kotaro Iizawa (飯沢耕太郎). J’ai loupé cette occasion ce qui est bien dommage car j’aime beaucoup cet endroit, dont j’ai déjà parlé quelques fois.

J’ai déjà parlé d’Anju plusieurs fois sur ces pages. Je suis sur Instagram ses photographies depuis que j’ai découvert l’album The Invitation of the Dead de Tomo Akikawabaya. Elle posait sur une photographie prise en 1983 utilisée pour cet album et j’avais trouvé que la musique sombre et pleine de mystères de Tomo Akikawabaya pouvait difficilement se dissocier de cette photographie d’Anju, comme un ange au visage sombre qui nous accompagne pendant l’écoute. J’avais fait part de cette remarque au photographe Alao Yokogi lorsqu’il avait montré sur son compte Instagram une photographie de cette série. Le photographe Alao Yokogi a pris de nombreuses fois Anju en photo à cette époque, notamment avec le Yellow Magic Orchestra (イエローマジックオーケストラ. YMO) car Anju était une des actrices jouant dans leur film Propaganda, qui marquait d’ailleurs la fin des activités du YMO. Les trois photographies ci-dessus ont été prises en 1983 par Alao Yokogi pour un nouveau magazine féminin nommé FREE de la société d’édition Heibonsha (平凡社): à gauche avec Haruomi Hosono (細野晴臣), au centre avec le regretté Yukihiro Takahashi (高橋幸宏) et à droite avec Ryuichi Sakamoto (坂本龍一). Anju rendait bien entendu hommage à Yukihiro Takahashi, décédé récemment le 11 Janvier 2023, en montrant une photo sur Instagram tirée du film Propaganda. Les articles a son sujet étaient nombreux ces derniers jours.

Je suis très loin de bien connaître la musique du YMO mais depuis l’annonce du décès de Yukihiro Takahashi, je me suis remis à écouter leur album Solid State Survivor sorti en 1979. Nous avons une version de 1992 du CD de cet album à la maison. En feuilletant une nouvelle fois le livret accompagnant le CD, je me rends d’ailleurs compte que les photographies de l’album ont été prises par Masayoshi Sukita. Il est notamment reconnu pour ses photographies de David Bowie dont celle de l’album Heroes que j’évoquais dans un billet précédent (qui montrait également une photo de Megutama d’ailleurs). De cet album, le morceau RYDEEN écrit par Yukihiro Takahashi est tellement connu qu’il fait quasiment partie du patrimoine immatériel japonais. Il m’est difficile d’écouter ce morceau avec une oreille nouvelle tout comme il m’est difficile de donner un avis sur un album et un groupe qui sont devenus des monuments, inspirant la musique électronique qui suivra. Mais je ne parle de toute façon ici que des choses qui me plaisent et m’émeuvent. Le morceau que je préfère de l’album est très certainement le cinquième Behind the mask, accompagné du précédent Castalia et les deux derniers Insomnia et le morceau titre de l’album Solid State Survivor. Le premier morceau Technopolis puis RYDEEN sont bien entendus très marquants et difficiles à oublier. Je reste tout de même assez interrogatif sur la reprise des Beatles avec le morceau Day Tripper et le deuxième morceau Absolute Ego Dance a tendance à m’agacer un peu. Il n’empêche que j’écoute beaucoup cet album, pris par l’envie d’écouter les morceaux qui me plaisent le plus.

De Yukihiro Takahashi, j’écoute aussi beaucoup le fabuleux Drip Dry Eyes de l’album Neuromantic sorti en 1981, que j’ai du mal à m’empêcher d’écouter encore et encore. Outre le YMO, je pense que j’avais surtout découvert Yukihiro Takahashi par ses collaborations nombreuses avec Towa Tei. Je me souviens d’une période, il y a 6 ans, où j’écoutais beaucoup Towa Tei et j’avais écouté par extension quelques morceaux du super-groupe Metafive, notamment celui intitulé Don’t move. Metafive a été fondé par Yukihiro Takahashi et de compose de Towa Tei, Keigo Oyamada (aka Cornelius), Yoshinori Sunahara, ancien membre de Denki Groove et remixeur récidiviste de Sheena Ringo, entre autres. Dans un billet, en prenant pour point de départ l’art de Yayoi Kusama, je m’étais même intéressé à imaginer un lien artistique entre Sheena Ringo et Yukihiro Takahashi, mais il est désormais trop tard malheureusement. J’aime aussi revoir cette vidéo datant du 4 Juillet 1985 de l’émission Waratte iitomo! Telephone Shocking (笑っていいとも! テレフォンショッキング) de Tamori où Jun Togawa était l’invitée. Le principe de l’émission est que l’invité du jour appelle au téléphone l’invité du jour suivant. C’était Yukihiro Takahashi qui était invité par Tamori le 3 Juillet et il a donc appelé Jun Togawa pour l’émission du lendemain. Ce passage de l’émission est très drôle car Jun Togawa est complètement endormie et Yukihiro Takahashi essaie très aimablement de lui remémorer le fait qu’il lui avait dit à l’avance qu’il l’appellerait ce jour lå pour l’émission. J’en avais déjà parlé mais j’adore revoir cette émission sur YouTube.

何処にいてもデジャヴ

J’aurais pu évoquer les géométries urbaines dans le titre de ce billet mais je préfère utiliser, comme c’est souvent mon habitude, un extrait de paroles d’un morceau que j’aime beaucoup et que j’évoquerai un peu plus bas. J’ai déjà vu et montré sur ce blog les deux maisons individuelles atypiques sur les deux premières et deux dernières photographies de ce billet. Les personnes intéressées par l’architecture tokyoïte reconnaîtront donc très rapidement Reflection of Mineral de l’Atelier Tekuto, sur les deux premières photographies. La première et unique fois où je suis passé voir cette maison était en Avril 2014. La couleur était blanche à l’origine mais elle a été repeinte en gris clair. Ce n’est pas une mauvaise idée car dès 2014, la couleur blanche de la surface des murs se salissait avec des traces d’écoulements d’eau de pluie. La voiture des propriétaires a également changé, bien que la couleur soit à peu près la même. J’ai l’impression que, comme pour House NA de Sou Fujimoto et sa 2CV bleue, cette voiture orange fait partie entière de l’esthétique de la maison. On serait presque déçu de ne pas la voir stationnée devant. J’ai également montré les formes futuristes de Hironaka House, par l’architecte Ken Yokogawa, plus récemment dans un billet du mois d’Août 2021. Une pluie fine m’avait empêché de prendre des photographies correctes de cette maison l’année dernière, donc je me rattrape un peu sur les deux photographies ci-dessus prises récemment. Un livreur pressé et un homme marchant au pas de course me font le plaisir de s’incruster au dernier moment sur les photographies que je montre ci-dessus. Et entre ces deux maisons, j’y ajoute d’autres formes géométriques. Le building de béton à la forme biseautée avec une série de petits triangles placées sur la cage d’escalier extérieure s’appelle Felice Yoyogikōen (フェリーチェ代々木公園) par Takamatsu Corporation. Comme son nom l’indique presque, il se trouve a quelques dizaines de mètres de la gare de Yoyogi-Hachiman. La photo est prise depuis l’avenue Yamate. Je l’avais déjà pris en photo mais depuis le bas de la rue. L’impression depuis l’avenue Yamate est bien différente car le building semble difforme et perd un peu de son agressivité visuelle. La photographie qui suit est prise dans un tout autre lieu, quelque part entre Suidobashi et Ochanomizu, si mes souvenirs sont bons. Les formes géométriques composant la façade me font penser au visage d’un personnage. J’imagine que cette disposition de formes est volontaire.

Pour parler une nouvelle fois de mes découvertes musicales, j’alterne la musique de tricot (que j’écoute vraiment beaucoup en ce moment) avec quelques titres du nouvel album de Mondo Grosso intitulé Big World. Je n’ai pas exploré en entier cet album mais comme Shinichi Osawa (大沢伸一), qui est seul au commande de Mondo Grosso, invite des personnes différentes pour chaque morceau, je ne suis à priori pas certain de tout aimer. Osawa joue beaucoup avec les styles car les deux morceaux que je vais évoquer maintenant sont vraiment très différents l’un de l’autre d’un point de vue stylistique. La première des deux images ci-dessus provient de la vidéo du morceau In This World. On ne le voit pas sur la vidéo, mais les notes de piano sont jouées par un certain Ryuichi Sakamoto (坂本龍一) qu’on ne présente plus. Hikari Mitsushima (満島ひかり) chante sur ce morceau et danse même. La vidéo est très belle et je dirais même poétique avec un brin de fantastique. Les notes lentes et détachées du piano surprennent d’abord jusqu’à ce que la voix de Hikari Mitsushima prenne le relai. Le début du morceau est très dépouillé, mettant l’accent sur la combinaison du piano et de la voix. Des cordes viennent ensuite compléter l’ensemble et un rythme de basse électronique donne une dimension différente au morceau. Le beat électronique s’intensifie ensuite et devient très accrocheur. Cette combinaison de sons classiques, d’une voix détachée quasiment à capella et de rythmes électroniques est vraiment intéressante et réussie. Je ne soupçonnais pas que Hikari Mitsushima, qui est avant tout actrice, avait une aussi belle voix. Je n’ai pas vu beaucoup de films dans lesquelles elle jouait mais je me souviens très bien du film Love Exposure de Sion Sono. J’avais moyennement aimé le film car il était trop long et Sion Sono va parfois trop loin dans le grotesque, mais je me souviens par contre très bien du personnage de Yōko interprété par Hikari Mitsushima. Plus récemment, elle est excellente avec Ryuhei Matsuda (松田 龍平), fils de Yūsaku Matsuda (松田 優作), habillée en reine façon Marie Antoinette dans une série de publicités pour UQ Mobile. Les deux ne manquent pas d’humour. Pour revenir au morceau In This World, je le trouve très réussi et j’y trouve même une certaine grâce. Ce n’est pas la première fois que Hikari Mitsushima chante sur un morceau de Mondo Grosso, le précédent s’intitulait Labyrinth (ラビリンス). C’est également un très bon morceau, dont la vidéo a été tournée à Hong Kong, et un des morceaux de Mondo Grosso les plus vus sur YouTube. C’est le genre de morceaux qu’on peut écouter en boucle sans s’en lasser.

Sur cet album Big World de Mondo Grosso, j’aime aussi beaucoup le morceau intitulé Stranger chanté par Asuka Saitō (齋藤飛鳥) du groupe Nogizaka46 (乃木坂46). L’ambiance musicale est dans l’esprit rock shoegazing, très différent de l’autre morceau. La voix d’Asuka Saitō n’est par contre pas effacée et est même très présente. En écoutant ce morceau, je me dis une nouvelle fois que c’est une bonne idée de faire évoluer les idoles dans le style rock shoegazing, comme le fait par exemple assez brillamment le groupe RAY, dont j’avais déjà parlé à l’occasion de la sortie de leur premier album Pink. Il faudrait que je fouille un peu plus dans discographie plus ancienne de Mondo Grosso, car je sais qu’on y trouve des morceaux avec UA et AiNA que je n’ai pas écouté avec assez d’attention. Cette « découverte » de Shinichi Osawa me ramène vers l’émission d’interview Wow Music de J-Wave visible sur YouTube. Lorsqu’elle était hôte de l’émission, AiNA The End a interviewé Shinichi Osawa. Elle le considérait comme un professeur, très bavard de surcroît. Osawa a également été hôte de cette émission radio et nous a fait le plaisir d’interviewer Seiko Ōmori. J’ai un avis mitigé sur la musique de Seiko Ōmori même si j’aime beaucoup son album Tokyo Black Hole. Il s’agit par contre d’une artiste qui compte sur la scène indépendante japonaise et qui influence des artistes plus jeunes (enfin, elle n’a, elle-même qu’une trentaine d’années).