La grande porte rouge du sanctuaire de Shitaya (下谷神社) a comme particularité sa taille qui remplit pleinement l’espace entre les rangées de bâtiments délimitant la rue. Ce n’est pas la première fois que je passe devant et pénètre à l’intérieur de ce sanctuaire mais j’y suis arrivé tout à fait par hasard, comme d’ailleurs la première fois que j’y suis venu. Il faut croire que ce sanctuaire m’attire inlassablement. Il se trouve à un peu plus de cinq minutes de la gare d’Ueno. Je n’avais pas emprunté depuis très longtemps la grande passerelle piétonne qui enjambe l’avenue Showa et donne accès à la station. Je comptais prendre le train depuis la gare d’Ueno, mais je préfère finalement entrer dans le parc pour en sortir un peu plus loin sous le regard de la statue de Takamori Saigō (西郷隆盛). Je marche ensuite le long de la longue avenue de Chuo en direction d’Akihabara, mais je m’arrêterais à Suehirochō (末広町). Le long de cette avenue, nous connaissons bien la pâtisserie japonaise Usagiya (うさぎ屋) qui vend tout simplement les meilleurs dorayaki de Tokyo. En voyant deux passants prendre la pâtisserie en photo, je n’ai pas pu m’empêcher de les prendre moi-même en photo.
La photographe et vidéaste Mana Hiraki (平木希奈), aka Cabosu Lady, expose du 20 Février au 3 Mars 2025 une série de photographies dans la galerie et café 229 situé près de la station d’Okachimachi. J’y suis allé le Dimanche 23 Février en fin d’après-midi car je savais qu’elle y serait à priori présente. Je n’avais pas pu voir sa précédente exposition intitulée Wave? en Mai 2023 à Jingūmae et je me suis donc rattrapé cette fois-ci. Je parle assez régulièrement de cette artiste sur ces pages, car j’aime beaucoup son style onirique qui s’accorde toujours très bien avec la musique des artistes qu’elle accompagne visuellement. Son monde unique vient même transcender ces musiques. Mana Hiraki photographie beaucoup d’artistes musicaux, et je l’avais d’abord découverte par les photographies qu’elle avait prise pour Samayuzame, notamment sur son album Plantoid. Elle avait aussi pris en photo Miyuna (みゆな) en kimono dans une superbe série qui m’avait rappelé les fameuses photographies de Sheena Ringo montrées sur le magazine GB de Mars et Avril 2003 à l’occasion de la sortie de son troisième album KSK. J’avais par la même occasion remarqué que Mana Hiraki devait aimer la musique de Sheena Ringo car elle montrait régulièrement des liens vers ses albums dans ses stories sur Instagram. Au fur et à mesure de ses nouvelles photographies et vidéos, j’ai également découvert de nouveaux artistes que je ne connaissais souvent que de nom sans pourtant connaître leurs musiques. C’était le cas notamment d’Ohzora Kimishima (君島大空), Toaka (十明), Nagisa Kuroki (黒木渚), Kiwako Ashimine (安次嶺希和子), entre autres. Je suis toujours très reconnaissant quand on me fait découvrir de nouvelles belles choses. En plus de voir ses nouvelles photographies qui sont belles et inspirantes, je voulais lui parler de tout cela si l’occasion se présentait. La galerie 229 se trouve dans une petite rue qui est relativement large. Une petite pancarte avec le nom du café et de l’exposition Katami Hakka (筐はっか) posée sur le trottoir m’indique que je suis bien arrivé à destination. Le rez-de-chaussée est un café avec un comptoir et quelques tables. Une étagère propose des livres de photographies à la vente et je vois tout de suite une pile de livrets de photographies de Mana Hiraki directement liés à cette exposition qui se déroule au sous-sol. Un étroit escalier de béton nous y donne accès. La salle unique d’exposition est très sombre et la série de photographies est retro-éclairée. Ce sont des photographies inédites. Je ne les connais pas bien sûr, sauf celle utilisée pour illustrer l’exposition. Quelques dizaines de secondes plus tard, une personne en robe noire entre dans cette même pièce sombre. Je me demande d’abord s’il s’agit d’une autre personne venue visiter la galerie, mais comme elle se tient immobile au fond de la pièce, je comprends très vite qu’il s’agit de la photographe. J’étais en fait passé devant elle dans le café du rez-de-chaussée sans la reconnaître. Je lui demande si elle est bien Mana Hiraki et elle me répond positivement. Ce qui m’étonne, c’est qu’elle me demande immédiatement si je suis la personne sur Instagram avec un nom commençant par fga… Elle se souvenait également du fait que je n’avais pas pu venir à sa première exposition et que j’en avais parlé sur mon blog. Elle avait lu mon billet en français avec un traducteur, car même si elle m’avait répondu en français sur Twitter suite à ce billet, elle me confirme qu’elle ne parle pas la langue. Elle se souvient également que je suis fan de Sheena Ringo et confirme que c’est aussi son cas. Tout en regardant ses photographies, nous discutons des artistes qu’elle a couvert, ce qui est l’occasion pour moi de la remercier pour les nombreuses découvertes musicales. Je lui souhaite bien sûr de pouvoir prendre Sheena Ringo en photo dans un futur proche. Elle prendra peut-être en photo AiNA The End en photo avant Ringo car elle m’indique qu’elles sont amies. Elle me confirme également que Samayuzame est fan de Sheena Ringo, ce dont je me doutais déjà très fortement.
En regardant les photographies de Mana Hiraki, je ressens toujours une impression maritime et elle me confirme cette proximité de l’océan dans ses œuvres car elle a vécu près de la mer dans des endroits que je connais également assez bien. Le petit livret de l’exposition indique que son titre s’inspire du phénomène du blanchissement des coraux qui se produit lorsque des événements perturbateurs tel que la montée des températures viennent provoquer une rupture de la relation symbiotique. Il y a un parallèle entre les relations délicates des coraux avec leur environnement naturel et celles des humains dans le monde qui les entoure. Les visions de la photographe nous montrent des mondes fantastiques, proches du rêve éveillé, qui sont renforcés par les lumières jaillissant des photographies dans la pièce sombre. J’y ressens toujours une proximité avec le mouvement musical Shoegaze dont je parle souvent sur ces pages, car il y a une même approche onirique où les choses ne sont pas immédiatement évidentes. Je lui fait part de cette impression et elle me confirme apprécier ce mouvement musical qui doit certainement l’influencer, même indirectement. Ses photographies sont intimes et proches de l’introspection. On se perd volontiers le regard dans ces images en imaginant une fin d’après-midi estivale sur les plages du Shonan. Elle est très active en ce moment car je vois des annonces régulières de nouvelles vidéos qu’elle a réalisé, la dernière en date étant pour le morceau Tasokare (たそかれ) de Kayoko Yoshizawa (吉澤嘉代子) tournée dans une maison d’époque qui m’a forcément rappelé celle de Hyakuiro Megane (百色眼鏡), surtout lorsqu’un des personnages regarde à travers une serrure au début. Parmi les vidéos que j’aime beaucoup, il y a celles de no aid(ea) de Samayuzame, 16:28 de Ohzora Kimishima, Kikikaikai (器器回回) de Nagisa Kuroki, entre autres et pour n’en citer que quelques unes. Elle m’indique qu’elle travaille sur une nouvelle vidéo qui sortira bientôt mais dont elle ne peut bien sûr pas en dire d’avantage. Il est maintenant temps de remonter à la surface. J’achète le petit livret de l’exposition et un café glacé (malgré le froid dehors, quelle idée) et la remercie une fois encore pour cette visite et discussion qui étaient bien agréables. En sortant du café, je remets les écouteurs en marchant jusqu’à la gare d’Ueno, en passant sans le vouloir à travers le sanctuaire Shitaya que je mentionnais plus haut. A l’aller, j’avais écouté l’album no public sounds de Ohzora Kimishima. Au retour, j’écoute Plantoid de Samayuzame, puis Kikikaikai (器器回回) de Nagisa Kuroki et finalement KSK (加爾基 精液 栗ノ花) de Sheena Ringo, pour en quelques sortes prolonger l’atmosphère de l’exposition.