春休みin沼津and伊豆(petit 3)

Sur l’île d’Awashima, on peut croiser à plusieurs endroits des affiches de l’anime LoveLive! Sunshine!! (ラブライブ!サンシャイン!!) qui suit les aventures d’un jeune groupe d’idoles nommé Aqours scolarisé à Numazu dans l’École privée pour filles Uranohoshi (私立浦の星女学院). Je n’ai pas d’intérêt particulier pour cette série que je n’ai jamais vu mais je me souviens avoir aperçu il y a quelques années un train superbement décoré des personnages de cette série animée. C’était un train de la ligne Izu Hakone que j’avais vu à la station de Mishima, près de Numazu. Cette série animée semble en tout cas être un argument encourageant le tourisme dans cette région côtière. Le petit bateau nous amenant jusqu’à l’hôtel Awashima est également décoré d’illustrations de ces jeunes idoles imaginaires avec signatures et dédicaces. Outre son hôtel, la petite île-montagne d’Awashima comprend également un aquarium et son espace extérieur avec dauphins, otaries et pingouins, et un vivarium de grenouilles multicolores. On peut rapidement faire le tour de l’île en trente ou quarante minutes, mais il faut environ cinquante minutes aller retour pour grimper jusqu’au petit sanctuaire se trouvant en son centre. Nous n’aurons pas le temps ni le courage d’y aller. Je préfère de toute façon passer quelques dizaines de minutes dans le jardin au bord de l’eau, près d’une statue ronde et polie de marbre blanc créée par Kan Yasuda (安田侃). Le Mont Fuji que je regarde avec insistance est immuable mais les nuages et le vent qui commence à se faire fort viennent progressivement modifier sa composition visuelle. Ce jardin a un petit quelque chose de méditerranéen et ça me rappelle des souvenirs d’enfance lointains. Vers midi, nous reprenons la route pour entrer un peu plus à l’intérieur d’Izu.

Dans la playlist qui nous accompagne, on compte deux autres morceaux. Le premier s’intitule Linda par CENT avec Utaha (詩羽). Utaha, échappée provisoirement de Suiyoubi no Campanella (水曜日のカンパネラ), avait sorti le 17 Décembre 2024 un très bon single intitulé Bonsai en duo avec CENT, aka Cent Chihiro Chichi (セントチヒロ・チッチ) de ex-BiSH. J’en avais déjà parlé dans un précédent billet. CENT lui renvoie en quelque sorte l’ascenseur car le single Linda, que j’écoute maintenant, sorti le 11 Mars 2025, est un morceau de CENT avec Utaha comme invitée. Les photographies de couverture de ces deux morceaux semblent d’ailleurs avoir été prises lors de la même session photo. Bonsai était par contre sorti chez Warner Music, tandis que Linda est référencé chez Stardust Promotion qui doit être la nouvelle agence de CENT. Les deux morceaux s’accordent bien ensemble bien que Bonsai adoptait un phrasé hip-hop tandis que Linda a une approche beaucoup plus pop rock, assez classique mais extrêmement réjouissante. La voix d’Utaha y est très affirmée par rapport à CENT qui a une voix un peu plus douce, mais elles restent toutes les deux sur des mêmes tons, ce qui donne une belle harmonie. On continue ensuite avec le pop rock sur un morceau intitulé I’m So Sorry de N-FENI (ん・フェニ), dont j’avais déjà parlé ici pour son single All Night Radio (アールナイトレディオ). Pendant son exposition de photographies, Mana Hiraki (平木希奈) m’avait dit qu’elle travaillait sur une nouvelle vidéo qui devait bientôt sortir. Je comprends maintenant qu’il s’agit de ce nouveau single de N-Feni, et une fois de plus, c’est sa vidéo qui me renvoie vers un excellent morceau, à l’énergie débordante et communicative. N-FENI a arrangé et produit elle-même ce morceau avec son groupe, et le résultat est réussi sans révolutionner le genre. Mais quand on aime ce genre pop rock indé, légèrement teinté d’une atmosphère rêveuse d’ailleurs très bien représentée par la vidéo, on aimera ce nouveau single.

春休みin沼津and伊豆(petit 2)

Nous continuons ensuite notre parcours en voiture en sortant du centre de Numazu en direction d’Izu pour faire le tour de la baie d’Enoura jusqu’à la petite île d’Awashima. L’hôtel Awashima (淡島ホテル) où nous passerons la nuit se trouve à l’extrémité de cette île. Cet hôtel n’est accessible que par bateau et la navette dure environ une dizaine de minutes. Depuis le bateau, on aperçoit le majestueux Mont Fuji s’échappant au loin derrière une ligne de basses montagnes. L’homme d’affaire Shōichi Osada (長田庄一) était propriétaire de cet hôtel qu’il a fait construire pendant la bulle spéculative des années 1980. Il avait en fait acheté l’île d’Awashima pour y construire cet hôtel avec l’idée d’en faire un des plus luxueux du Japon. Shōichi Osada est né en 1923 à Kofu dans la prefecture de Yamanashi d’une famille de négociants en bois. Après être monté à Tokyo, il se lance dans la finance en regroupant plusieurs petites banques mutuelles pour fonder une grande banque nommée Tokyo Sowa qui se focalise sur les opérations immobilières et le crédit à la consommation. Il mène une vie flamboyante sans compter ses dépenses. Grand amateur de la France, il devient ami de 50 ans de Jacques Chirac qui viendra d’ailleurs séjourner dans cet hôtel d’Awashima, tout comme d’autres hommes politiques, notamment François Mitterand. Il sera d’ailleurs promu chevalier de la Légion d’honneur par François Mitterrand en 1994, puis officier en 1997 par Jacques Chirac. Une rumeur insistante, mais jamais confirmée, disait même que Jacques Chirac avait un compte bien garni dans la banque Tokyo Sowa, ce qu’il toujours nié. Collectionneur d’art, Shōichi Osada achète de nombreux tableaux français et européens que l’on peut voir dans l’hôtel dans une galerie d’art ouverte sur le grand hall. L’explosion de la bulle spéculative au Japon a précipité la faillite de Tokyo Sowa en Juin 1999. La banque sera ensuite racheté par un fond texan Lone Star pour devenir Tokyo Star Bank (qui a également disparu). On peut voir dans l’hôtel quelques photos de Jacques Chirac avec son ami Shōichi Okada. L’hôtel n’a heureusement pas été emporté par la faillite de Tokyo Sowa et est actuellement dirigé par le fils d’Osada. Le standing de l’hôtel me rappelle un peu l’hôtel Kawakyu à Wakayama, mais il est loin d’être aussi extravagant. j’aime beaucoup ces hôtels construits pendant les périodes fastes de la bulle économique et qui ont depuis beaucoup perdu de leur superbe. On devine par contre encore très bien la richesse des lieux, sauf que l’hôtel ne peut plus vraiment tenir le standing de l’époque et n’a pas vraiment su s’ajuster au niveau auquel on pourrait s’attendre pour un hôtel prétendant vouloir devenir le plus luxueux du Japon. Depuis la terrasse de l’hôtel, la vue sur le coucher de soleil était superbe et hypnotisante. La vue complètement dégagée sur le Mont Fuji est un des points forts de cet endroit, notamment depuis les bains onsen. On ne voit bien sûr rien pendant la nuit, mais nous avons eu le plaisir d’avoir une vue dégagée sur le Mont Fuji au petit matin. Ça nous a fait retourner dans le bain onsen extérieur pour prendre son temps dans l’eau chaude à regarder la montagne sacrée.

L’émission Liquid Mirror d’Avril 2023 consacrée à Ryuichi Sakamoto (坂本龍一) m’a fait revenir vers le Yellow Magic Orchestra (YMO) car elle contenait le morceau Perspective qui m’a beaucoup intrigué. Il s’agit du dernier morceau de leur septième album Service sorti en 1983. On se laisse tout de suite emporter par l’approche au piano de Sakamoto pour se perdre dans les boucles infinies composées de phrases simples, mi-parlées mi-chantées par Yukihiro Takahashi (高橋幸宏), décrivant en anglais des petites actions de la vie quotidienne. Je m’assoie tranquillement dans le jardin de l’hôtel sur les murets blancs en colonnes près du bord de l’océan en écoutant ce morceau ainsi que quelques autres de cet album dont LIMBO, 以心電信 (You’ve Got To Help Yourself) et See-Through. C’est musicalement superbe, très orienté pop 80s ce qui me semblait assez bien correspondre à l’ambiance des lieux où je me trouvais. L’album Service est en fait très particulier car chaque morceau est entrecoupé de scènettes de plusieurs minutes, qu’on peut écouter une fois par curiosité mais qu’on aura beaucoup de mal à écouter à chaque fois. De l’album, je ne conserve donc sur mon iPod que les sept véritables morceaux qui sont, il faut bien dire, tous excellents. Je suis loin de bien connaître la discographie du YMO, mais cet album est pour le moment mon préféré. La voix de Takahashi sur Chinese Whispers ou See-Through me fascine complètement. On ne peut pas dire qu’il était un excellent chanteur mais sa voix parfois un peu torturée me rappelle par moment un peu Bowie. J’écoute aussi le cinquième album Technodelic du YMO sorti en 1981. Cet album électronique est beaucoup plus expérimental dans son approche, mais certaines directions sur le premier morceau Pure Jam (ジャム) me rappellent un peu les Beatles, peut-être à cause de ses sonorités indiennes et de son approche vocale. L’album est plus minimaliste et moins orienté pop par rapport à Service sorti deux ans plus tard. Il est rempli de textures souvent abstraites voire mystérieuses. L’ambiance musicale industrielle inquiétante du morceau Stairs (階段) est une fois de plus fascinante, comme l’est d’ailleurs la grande majorité de l’album. Les ambiances sonores sont superbes, des plus mélodiques comme Light in Darkness (灯) et Epilogue (後奏) concluant l’album, au plus rythmé comme Key (手掛かり). En écoutant ce cinquième album, je me dis maintenant qu’il s’agit peut-être bien de mon album préféré du groupe. Je préfère en fait ces deux albums au mythique Solid State Survivor sorti en 1979, qui contient pourtant quelques merveilles comme Behind The Mask mais Aussie quelques morceaux assez agaçants.