a dark sea with sunlights

Le calme de l’Océan Pacifique devant moi m’amène à réécouter le long morceau drone Dark Sea de Chihei Hatakeyama (畠山地平) qui dure plus de 23 minutes. Le musicien est né dans la préfecture de Kanagawa et a grandi dans la petite ville de Fujisawa à laquelle Enoshima est rattaché. Il a dû souvent faire l’expérience de ces paysages océaniques dans lesquels on se perd volontiers le regard. L’océan est calme mais peut soudainement devenir monstrueux. Je ressens à chaque fois cette dualité, que je retrouve d’ailleurs assez bien dans le morceau Dark Sea de Chihei Hatakeyama. Cette ambiance quasiment mystérieuse aurait également pu s’accorder avec quelques morceaux écoutés récemment sur l’émission Liquid Mirror de NTS Radio. Cette émission radio continue à me fasciner, au fur et à mesure des épisodes que j’écoute, nouveaux ou plus anciens. Celui de Décembre 2024 contient une suite de morceaux hypnotisants commençant par l’expérimental Flower of the Mountain de l’anglaise Teresa Winter. Elle répète de manière obsessionnelle les mots « You said I was a flower of the mountain » sous une nappe sonore tournant en boucle avec des sursauts réguliers. Ce morceau est vraiment étonnant. Le morceau qui suit sur cet épisode de Liquid Mirror revient vers un rock alternatif plus classique avec le morceau Day You Told Me d’un groupe new yorkais nommé Colle dont je sais très peu de choses, voir rien du tout. Ce morceau par sa trame répétitive me ramène avec un bonheur certain vers les atmosphères trip-hop des années 90. On est là dans un univers vaporeux proche de la Dream pop, car la voix de la chanteuse a tendance à se laisser envahir par l’ambiance sonore qui l’entoure ajoutant un petit quelque chose de mystérieux à l’ensemble. Le morceau qui suit intitulé Magik de l’artiste espagnole Ivankovà revient vers la beauté fascinante et hypnotique de l’étrange. Les motifs se répètent et nous entraînent avec elle dans un tourbillon dont on n’a pas vraiment envie de s’extraire. Mais vers la fin du morceau, le rythme s’apaise. On a le sentiment d’entrer dans un lieu rempli d’une magie mystérieuse qu’on ne saurait comprendre mais qui nous entoure de lumière dans un monde obscure. Et puis dans cette petite section de Liquid Mirror, je termine avec le quatrième morceau intitulé A Window par Eterna qui part vers des sons beaucoup électroniques avec une trame instrumentale plus classique qui ne révolutionne pas le genre mais qui s’inscrit très bien à la suite des autres morceaux. je le dis encore une fois mais je suis vraiment impressionné par la qualité des sélections musicales des épisodes de Liquid Mirror que j’ai pu écouter jusqu’à maintenant.

Le nouveau morceau de Yeule intitulé Skullcrusher vient de sortir il y a quelques jours et conclura son prochain album Evangelic Girl is a Gun qui sortira le 30 Mai 2025. De ce futur album, on connaît déjà l’excellent Eko qui marquait un tournant rock déjà amorcé avec son album précédent. Skullcrusher est sombre comme son titre le suggère, mais il faut bien dire qu’elle excelle dans ces ambiances là. Elle a fait un bon bout de chemin depuis son premier album Serotonin II de 2019 que j’avais découvert comme un ovni musical à sa sortie. Skullcrusher est un peu court mais donne le ton de ce nouvel album que j’attends déjà avec une certaine impatience.

Le titre de ce billet me rappelle tout d’un coup le titre d’un morceau électronique que j’avais composé sur une version digitale d’un synthétiseur allemand Waldorf il y plus de 11 ans. Il s’intitule Luminance from deep black sea et aurait également pu s’accorder aux photographies noir et blanc que je montre ci-dessus. J’avais un peu oublié tous ces morceaux électroniques que j’avais composé avec beaucoup de passion et de dedication. Je les réécoute pourtant de temps en temps, avec toujours une oreille critique. Je me dis sur certains morceaux que j’aurais dû les modifier de telle ou telle manière, mais je serais bien en mal de faire ce genre d’ajustements maintenant sur des outils de composition musical que je n’ai pas utilisé depuis plus de dix ans. Même si je peux les oublier, toutes les compositions sont toujours bien présentes sur mon compte SoundCloud. Je viens de vérifier en réécoutant Luminance from deep black sea.

têtes colorées à Harajuku

Il y a de plus en plus de têtes aux cheveux colorés à Tokyo, notamment ici dans les rues de Harajuku. Ce n’est pas un phénomène uniquement japonais car je remarque aussi beaucoup de touristes étrangers ayant les cheveux de toutes les couleurs. Je me croirais revenir 20 ans en arrière, quand l’image que l’on avait de Tokyo était celle d’une jeunesse aux cheveux colorés comme des personnages de Manga. C’était loin d’être le cas à l’époque et on se rapproche en fait un peu plus de cette image maintenant. Dans les rues de Harajuku, la foule est présente comme toujours. Je retrouve dans ces rues le building en porte-à-faux Undercover Lab de Klein Dytham dont je parlais dans le billet précédent. Je repasse également devant la galerie Design Festa à la façade déconstruite de tubes métalliques noirs. Elle ne se trouve pas très loin du Undercover Lab, mais les rues de Ura-Harajuku (l’arrière de Harajuku) deviennent vite un labyrinthe pour moi et je m’y perds souvent. Je reste intrigué par l’étrange objet bleu de la première photographie intitulé Coin Parking Delivery, qui me fait penser à une petit piste de skateboard, certes un peu dangereuse. Malgré la foule, je suis toujours attiré par ce quartier et notamment par la rue piétonne Cat Street. Un peu plus loin, dans le building GYRE, on y montre une exposition, intitulée From the fringes of the mind, de quelques œuvres de David Lynch, extrêmement étranges comme on pourrait s’en douter. On retrouve dans les quelques peintures et le petit film animé montrés dans cette exposition, une étrangeté assez proche de certains épisodes de la dernière saison de Twin Peaks. Il n’y a pas de liens directs entre cette exposition et la série télévisée, mais on retrouve la même sensibilité de l’auteur, l’impression en quelque sorte d’entrer dans un monde parallèle.

Des têtes colorées, je passe aux pieds. Une fois n’est pas coutume, j’accompagne cette série de photographies à Harajuku d’un nouveau morceau électronique. Il se mélange avec les sons de la rue pris sur Cat Street. Je n’avais pas construit de morceaux électroniques depuis plusieurs années (le dernier morceau datant de Mai 2017), mais j’avais par contre fait une petite série de sons de rues en quatre épisodes en février 2018. Ce nouveau morceau que j’appelle donc Harajuku walk et qui est disponible sur SoundCloud mélange ces deux approches de sons électroniques et de sons de rues. Le morceau commence par des notes lumineuses comme un émerveillement de découvrir ces espaces urbains riches en surprises, mais se transforme à mi-parcours en une machine beaucoup plus sombre au fur et à mesure qu’on s’enfonce dans le dédales des rues de Harajuku. C’est une manière de représenter la densité urbaine qu’on trouve dans ces rues, que ça soit par la présence humaine ou par l’excès visuel qui s’y opère. Quelques décrochages volontaires de notes viennent s’introduire à certains moments sur la deuxième partie du morceau. J’aime beaucoup représenter l’imperfection des choses et essayer de la mettre en lumière en musique ou en images.

un son de tokyo 04

Ce quatrième épisode de sons de Tokyo entre d’une certaine manière en dialogue avec celui de mahl sur son blog. Alors qu’il nous fait entendre des sons à l’intérieur d’un wagon d’une ligne de train à Nagoya, je décide cette fois-ci de faire la même chose à Tokyo, en enregistrant quelques sons sur la ligne Yamanote. Entre deux stations, je m’égare volontairement vers d’autres lieux plus calmes. A part cet épisode dans le train pris le soir, j’enregistre la plupart du temps ces sons de Tokyo lorsque je fais mon jogging le samedi ou le dimanche quand une heure, voire une heure et demi, se dégagent dans l’emploi du temps du week-end.

un son de tokyo 02

Et dix-neuf années de vie à Tokyo. Que le temps passe vite. Plus les années passent, plus ce blog devient une capsule mémorielle, que j’aime feuilleter de temps en temps pour me souvenir. Ces derniers temps, me vient l’envie de capturer également le son des rues de Tokyo, pour pouvoir les réécouter dans 20 ans comme une autre capsule mémorielle.