そんな人類みんなに愛は光

La destination était l’île de Tennōzu Isle (天王洲アイル), construite sur des terrains gagnés sur la baie de Tokyo. Je suis venu voir le musée ARCHI-DEPOT, qui se trouve juste à côté et fait partie du complexe WHAT MUSEUM (WHAT = Warehouse of Art TERRADA). ARCHI-DEPOT nous montre un grand nombre de maquettes architecturales d’architectes japonais renommés tels que Kengo Kuma. L’espace où sont montrées ces maquettes ressemble vraiment à un entrepôt. Il s’agit de l’activité principale de l’entreprise Terrada possédant de nombreux entrepôts, ce qui inclut le stockage sécurisé des œuvres d’art de collectionneurs. J’ai apprécié la visite mais ce genre d’exposition ne s’adresse pas aux néophytes. J’ai plutôt le sentiment que ce musée s’adresse en priorité aux étudiants en architecture. C’est intéressant de voir la manière parfois très détaillée par laquelle sont représentées des œuvres architecturales vues en réalité dans les rues de Tokyo. J’ai particulièrement apprécié les modèles de l’architecte Yuko Nagayama, qui je pense n’ont pas tous été construits comme les espaces courbes du complexe Hifumi (2009) et ceux de l’université Kyōai Gakuen Maebashi Kokusai Daigaku (共愛学園前橋国際大学, 2011). Je suis quand même un peu déçu par l’exposition en cours car je pensais y voir une grande maquette en bois de la pagode du temple Hōryūji (法隆寺) de Nara, mais il s’agissait d’une exposition ayant lieu l’année dernière et donc déjà terminée depuis longtemps.

Après être sorti de l’exposition, je marche un peu dans le quartier pour voir ce qui a changé. Depuis l’année 2019, Tennozu Isle organise le festival TENNOZ ART se tenant dans les rues du quartier avec l’installation progressive de nouvelles œuvres d’art. Je découvre cette fois-ci une grande fresque peinte par l’artiste Meguru Yamaguchi (山口歴) sur une des façades du bâtiment Terrada Warehouse T33 le long du canal Tennozu. Cette oeuvre immense mesurant environ 40 mètres de haut et 22 mètres de large reprend très librement un motif de dragon inspiré de Katsushika Hokusai (葛飾北斎). Les deux dernières photographies du billet jouent sur les similitudes de formes mais sur des plans différents. C’est intéressant comme des associations de formes à priori quelconques peuvent parfois attirer notre regard. Sur la dernière photographie, la toiture courbe n’est normalement pas visible depuis la rue, car elle devait auparavant être cachée par un bâtiment démoli depuis, laissant place à un terrain vague. Ça me rappelle la maison individuelle Small House de Kazuyo Sejima dont la façade la plus intéressante, architecturalement parlant, était visible car orientée sur un terrain vague. Le terrain étant depuis plusieurs années occupé par une nouvelle construction, on ne peut plus accéder à cette vue qui sera peut être à jamais cachée. Tout cela pour dire qu’il faut rester curieux avec les yeux grands ouverts, car on ne sait pas toujours ce qui peut apparaître ou disparaître soudainement.

J’ai également les oreilles grandes ouvertes pour écouter le remix du morceau Electricity d’Utada Hikaru (宇多田ヒカル) par la musicienne Arca, de son vrai nom Alejandra Ghersi Rodríguez, originaire du Venezuela et basée à Barcelone. Il est rare qu’un remix soit pour moi meilleur qu’un morceau original, mais c’est bien l’impression que me donne ce remix par Arca. On ne perd pas la voix d’Utada Hikaru mais l’ambiance électronique est très différente. L’atmosphère y est très dense et sophistiquée, avec une belle profondeur sonore sans cesse attaquée par des glitches électroniques. J’aime beaucoup la manière par laquelle Arca joue avec les répétitions de paroles, sans que celles-ci s’entrechoquent avec une grande maîtrise des agencements. Dans la musique d’Arca, j’aime revenir vers le morceau Alive de son album Mutant sorti en 2015. Par sa complexité et sa violence, ce morceau illustre pour moi toutes les batailles intérieures qui signifient d’être vivant. J’imagine très bien que la musicienne a dû en faire des batailles intérieures. C’est en tout cas assez étonnant de voir Utada Hikaru et Arca travailler ensemble. Le fait qu’elles soient toutes les deux basées en Europe a peut-être facilité un rapprochement, mais on voit de toute façon de plus en plus de coopérations internationales entre artistes japonais et étrangers. Une des dernières collaborations en date est entre l’artiste norvégienne Aurora et Atarashii Gakko! (新しい学校のリーダーズ) avec un morceau intitulé Some Type of Skin. Je n’accroche pas complètement au morceau mais il a eu le mérite de me faire écouter d’autres morceaux d’Aurora qui sont vraiment excellents comme All is Soft Inside et Queendom de l’album Infections Of A Different Kind – Step 1 (2018), puis The River, Apple Tree et The Seed de l’album A Different Kind Of Human – Step 2 (2019). Aurora est passée récemment en concert à Tokyo et j’ai vu plusieurs artistes que je suis, comme AiNA The End ou Haru Nemuri, montrer des photos de ce concert sur Instagram. Cela m’a également incité à jeter une oreille à sa musique.

the streets #4

Je reprends une série de photographies de rues commencée il y a longtemps. Le troisième épisode a été publié en Mai 2019 et je continue maintenant avec le quatrième épisode, et quelques autres plus tard, après plus de cinq ans. Il faudrait que je dresse une cartographie de toutes les séries démarrées et en cours sur Made un Tokyo car je les ai pour la plupart déjà perdu de vue. Celle intitulée the streets m’est soudainement revenue en tête car j’y dû y faire allusion dans un billet récent. Pour cet épisode, on commence par le nouveau complexe de buildings gigantesques entourant la gare Yamanote de Takanawa Gateway (高輪ゲートウェイ). Ces nouveaux immeubles ont poussé comme une immense muraille. La taille monstrueuse, bien que relativement élégante, de ce nouveau complexe interroge. A t’on vraiment besoin d’autant d’espaces de bureaux et de zones commerciales? Fallait il renforcer la barrière d’immeubles qui vient couper un peu plus les vents provenant de la baie de Tokyo pour ne faire qu’aggraver le phénomène de « heat island » dans le centre ville? Ces nouveaux buildings vont certainement en détruire d’autres dans un autre lieu de Tokyo pour faire perdurer les cycles perpétuels de renouvellement urbain. Les canaux au delà de la grande station de Shinagawa semblent par contre être préservés des manipulations d’urbanisme. Certains bateaux appelés yakatabune nous amènent pour des petites croisières sur la baie. Je me déplace une nouvelle fois à vélo et ma destination était cette fois le centre de galleries d’art Terrada. Mais une fois arrivé sur place, l’envie de rentrer à l’intérieur des anciens hangars reconvertis de Terrada m’a passé. Je préfère continuer à vélo pour rejoindre les bords des canaux longeant Tennozu Isle. On peut rouler le long du canal sans interruption et je continue pour voir jusqu’où il m’amène. Je pense avoir parcouru la promenade du canal de Takahama jusqu’au niveau de la gare de Takanawa Gateway. L’avant dernière photo est prise dans un tout autre lieu, au centre de Shibuya près du disquaire Disk Union. Je ne pensais pas que les sanctuaires portatifs mikoshi passaient en plein centre de Shibuya, dans le quartier de Center-gai.

Le groupe de hip-hop expérimental Dos Monos est pour moi une sacrée découverte, aussi imprévue que passionnante. A la fin de son concert, Haru Nemuri nous avait prévenu qu’elle retournerait sur cette même scène du WWW X de Shibuya pour un nouveau concert en deux parties avec Dos Monos. Le nom m’était déjà familier mais il m’aura fallu cette annonce pour y jeter une oreille de curieux. Je ne pensais pas recevoir aussi directement un uppercut dans les gencives dès l’écoute du premier morceau HAROU de leur dernier album Dos Atomos, sorti le 30 Mai 2024. J’écoute en fait deux albums du groupe, leur premier intitulé Dos City sorti 2019 et Dos Atomos. Le premier album Dos City a une approche plutôt jazz bourrée de samples, tandis que Dos Atomos est beaucoup plus percutant en introduisant plutôt des sonorités rocks pleines de guitares agressives. Dans tous les cas, leur approche musicale basée sur le hip-hop est complètement imprévisible et expérimentale. Le morceau Hi No Tori, un de ceux que je préfère de Dos Atomos, est d’une liberté de forme vraiment épatante, mélangeant les effets de voix, les pistes vocales et les ambiances qui ne sont pas sans une petite pointe d’humour. Il faut être préparé pour ce genre de sons, car on peut être par moments un peu décontenancé et malmené par les changements soudains de rythmes et de trames. Le cinquième morceau de Dos Atomos, intitulé QUE GI, est une association avec le musicien multi-instrumentaliste Yoshihide Otomo (大友良英). Ce musicien a le statut de légende mais je ne connais qu’un seul de ses albums de free jazz intitulé Dreams du Otomo Yoshihide’s New Jazz Ensemble avec Jun Togawa (戸川純) et Phew, qui est également d’une liberté vraiment déconcertante. Tout comme sur Dos City, Dos Atomos doit également être composé de samples, mais je serais bien incapable de les reconnaître. Un passage particulier du morceau BON me fait pourtant beaucoup penser au morceau Atlas de Battles, et je crois reconnaître sur COJO certaines sonorités électroniques de Gantz Graf d’Autechre lorsque la machine vit ses dernières minutes. Dos Atomos s’écoute comme une expérience fusionnant de nombreux styles pour créer quelque chose de novateur. Dos City est peut-être moins percutant mais il n’en demeure pas moins original et des morceaux comme in 20XX et Clean Ya Nerves comptent parmi les excellents morceaux de cet album. Je dirais qu’il faut commencer l’écoute de la musique de Dos Monos avec des morceaux comme Mountain D et in 20XX pour voir si ça passe ou ça casse. Et si ça passe de justesse en frôlant la carrosserie, ces albums deviennent très vite de vraies pépites regorgeants de matières brutes qui se révèlent, au fur et à mesure des écoutes, être des trésors d’inventivités.

unexpected encounter

Il me semblait que Nintendo avait gagné son procès contre Maricar, l’organisateur de tours en kart dans Tokyo, sur l’utilisation illégale de l’image de la marque, en particulier les costumes de personnages emblématiques. Apparemment, ils s’affranchissent de cette décision de justice car on voit toujours des touristes déguisés en Mario et Luigi dans les rues de Tokyo. Je me demande d’ailleurs quel itinéraire les karts suivent, car je les vois ici passer dans un quartier très peu touristique entre Shinagawa et Tennozu Isle. On trouve par ici quelques canaux où sont stationnés des bateaux tout en longueur utilisés comme restaurant et appelés yakatabune. C’est une expérience agréable d’ailleurs de manger des tempura dans ces restaurants flottants, tout en naviguant sur les canaux et fleuves de Tokyo jusqu’à la baie. Juste à côté du canal, on tournait une scène de drama. Une jeune fille avec deux chiens étaient filmés, mais je ne reconnaissais pas l’actrice. Il faut dire qu’on regarde très peu de drama japonais à la maison. Je continue ma marche et traverse ensuite un des canaux pour arriver sur l’île de Tennozu. J’étais d’abord attiré par une nouvelle grande fresque peinte sur un immense hangar que l’on peut apercevoir depuis l’autre côté du canal. L’immense sumo Edmond Honda du jeu Street Fighter II était auparavant peint à cet endroit, mais il avait déjà été effacé lorsque j’avais voulu le voir l’année dernière. Il est maintenant remplacé par une vue en dégradé de Tennozu Isle et des bateaux yakatabune sous un soleil couchant. Tennozu Isle est agrémenté de plusieurs graphismes de ce style régulièrement renouvelés. Mais, ce que j’ai le plus apprécié de cette petite promenade du dimanche matin, c’est l’apparition inattendue d’une baleine au milieu d’un jardin public du quartier. Elle semble sortir d’un océan imaginaire. Je pense au cerceau magique de Doraemon et j’imagine cette baleine sortie d’un monde parallèle.

des couleurs imprimées pour surmonter la ville

En revenant de Ueno en voiture, nous nous arrêtons quelques instants près d’un nouvel espace aménagé sous les voies ferrées, aperçu brièvement sur le chemin allé. L’endroit s’appelle 2k540 Aki-Oka Artisan. Comme son nom le laisse en partie deviner, il s’agit d’un espace regroupant des dizaines de boutiques artisanales, de styles variés. Les marquages au sol ainsi que tout l’intérieur de l’espace sont peint en blanc. Cela donne un assez bel effet, notamment les piliers soutenant la voie ferrée, comme on peut le voir sur les photographies ci-dessus.

Le reste des photographies de ce billet est beaucoup plus décousu. On commence par les points noirs et blancs de la boutique Comme des Garçons, à Marunouchi sur Naka-dori. Il y en a plusieurs dans cette rue. Le dessin de fleur bleue ainsi que la maisonnette très colorée au bord du canal se trouvent à Tennozu Isle. Je profitais d’une petite heure de libre pendant que Zoa assistait à son cours de programmation de robot, pour aller faire un petit tour à Tennozu Isle. Mon but était de prendre en photo la peinture gigantesque d’un sumo, ressemblant comme deux gouttes d’eau à Edmond Honda dans Street Fighter II. Malheureusement, elle avait été effacée. C’est bien dommage mais je ne suis que moyennement étonné car l’art de la rue est de toute façon éphémère. La dernière photographie montre un petit bâtiment près de Ebisu, également sur-imprimé, avec un visage et un buste dessinés. Je pense qu’il s’agit d’un bar ou d’un restaurant, mais je n’ai pas été voir de plus près.